Pas de sujet féministe sans débat houleux. Simone de Beauvoir à l’appui, féminisme et maternité n’ont jamais fait bon ménage. Aujourd’hui encore, je ne suis pas sûre que chaque mère, chaque femme qui se déclare féministe n’ait le même rapport ni les mêmes valeurs en matière de maternité. Mais assez de prêchi-prêcha. Venons en au cœur du débat.

Dans son numéro du mois de février, le magazine Causette consacre son dossier à la quantité faramineuse de déchets que produisent nos charmants bambins. L’une des façons d’enrayer la catastrophe, explique le magazine féministe est bien entendu de réduire le plus possible sa production de déchets. Le second, et c’est là que j’en frémis, c’est tout simplement d’arrêter de se reproduire.

Causette - Février 2017
Causette – Février 2017

Alors oui. Mais non. Oui, la surpopulation est un problème. Et oui, pour une réduction conséquente des déchets, une diminution démographique est nécessaire. Le problème est simple, la solution l’est, je pense, un peu moins.

Dans son dossier, Causette donne la parole à une poignée de femmes et d’hommes qui déclarent avoir renoncé à la parentalité au nom de la protection de l’environnement. « […] On a des visions cauchemardesques d’un monde sans abeilles et sans neige, on ne voulait pas ça pour un enfant », déclare Anaïs, témoin de l’article.

Excusez-moi un instant, j’ai les ovaires pris d’un fou rire, ça me démange.

lol

Pardon. Cette réaction, ni même cet article ne me ressemble beaucoup. En fait, je suis même très sensible au principe de dénatalisation. Mais il y a deux ou trois choses qui me chiffonnent dans cette façon de présenter les choses.

Mon premier souci réside, je pense, dans la forme de l’article. Comme les témoins de ce papier, au moment de concevoir le P’tit cul, et bien avant, je me suis posée toutes ces questions de surpopulation et d’impact environnemental. Ces dénatalistes sont présentés comme des parents qui auraient sacrifié leur mal d’enfant sur l’hôtel de la protection de l’environnement. Des martyrs de la parentalité face aux autres. Ceux qui procréent sans se soucier du mal qu’ils font.

L’article nuance tout de même ses propos – je vous encourage vraiment à le lire, car il est source de réflexion – mais, j’ai trouvé pour ma part difficile de ne pas me sentir culpabilisée par ces accusations passives. Du coup, je me suis demandée, s’il était vraiment possible de renoncer à ses désirs de parentalité pour une telle cause.

Car à mon sens l’écologie viendrait simplement renforcer la liste des contres d’une personne assez peu tentée par l’exercice du multiple réveil nocturne ou des angoisses du nourrisson. Pour ma part, qui suis fréquemment questionnée sur l’arrivée prochaine de l’hypothétique frère ou sœur du P’tit cul, je serais tout à fait tentée de leur servir ce discours dénataliste. La vraie raison, c’est que j’ai la flemme de tout recommencer, et que sauver la planète me déculpabilise de ne pas me resservir une seconde fois de mon set de couches lavables.

Vous ne voulez pas d’enfant ? Ce n’est pas grave. Mais soyez grand, assumez le.

Imaginer que toute l’humanité cesse soudainement de se reproduire pour sauver la planète relève de l’utopie. Et c’est aussi ce qui rend cette démarche de contrôle de la démographie infructueuse. Eric La Blanche, le journaliste, décrit l’intégralité de ses témoins comme « avertis ». Leur décision de ne pas avoir d’enfant ou d’adopter, l’est donc également.

Mais si toutes les personnes averties, soucieuses de l’environnement, cessaient de se reproduire comme devoir humaniste, que risquerait-il d’arriver ? Alors, seuls ceux qui ne se posent pas toutes ces questions continueraient de faire ce que l’humanité a toujours fait.

Là encore, on est loin du compte et heureusement.

Mais Idiocracy, film à la fois stupide et plein d’intelligence a le don de mettre en lumière un point important. C’est par nos enfants que nous transmettons nos valeurs. Aussi, il ne serait pas plus mal que quelques-uns de nos mouflets soient en mesure de continuer à étendre la démarche du zéro déchet, et des couches lavables. Alors, continuez (modérément) à faire des enfants si vous le souhaitez. Vous ne le savez pas encore, mais l’un d’eux sauvera peut-être le monde.

 

 

 

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